- 14 Décembre 2016
- 6 982
- 7 227
- Localité
- Paris
- Véhicule
- Toyota Prius 4
Les chauffeurs VTC au bord du burn-out
UNE ONDE de choc. En l’espace de quelques jours, début janvier, deux VTC ont été impliqués dans des accidents mortels en Île-de-France. L’illustration, selon les professionnels, de la dégradation de leurs conditions de travail, faites d’une tension permanente. Aux côtés de Paul, il ne faut pas longtemps pour le comprendre.
En l’espace de dix minutes, le flash de son téléphone portable clignote une quinzaine de fois. « Ce sont les demandes de courses qui arrivent sur mes messageries », s’excuse l’homme de 41 ans.
À la gare du Nord, ce matin-là, les commandes de clients sont légion. Les plates-formes VTC ne cessent d’envoyer des propositions de courses à leurs chauffeurs. « En trois jours, si je ne fais pas », répète-t-il comme pour se convaincre lui-même. Paul ne jette même pas un œil à l’écran de son portable qui crépite sans arrêt. Ce vendredi-là, il sait que sa journée va commencer calmement.
Une course à Orly, où il ira chercher un client à l’aéroport, qu’il attendra au débarquement avec une pancarte à son nom.
Costard-cravate, Mercedes berline rutilante, Paul fait le choix de la « grande remise ». Comprendre chauffeur pour une clientèle huppée.
Le prix de la course n’est pas le même. Le standing non plus. «
C’est mieux rémunéré et la clientèle est plus sélectionnée », résume Ahmed. Un vrai confort pour les chauffeurs.
Et une sécurité. « La nuit, à force de réduire le prix des courses, vous tombez sur des personnes avinées, qui parlent mal, vous insultent. Ça va même jusqu’à l’agression parfois ! Et on ne peut pas répliquer, sinon on se prend une mauvaise note et nos stats baissent », constate Paul.
Ce climat tendu, ces deux chauffeurs indépendants continuent parfois d’y être confrontés. Car s’ils ont fait le choix des courses de luxe pour être mieux payés, en fin de journée, le compte n’y est pas toujours.
Dans ce cas-là, les deux hommes basculent sur les apps connues de tous : Uber, Bolt, Heetch… 76 % des chauffeurs VTC ont travaillé sur plusieurs plates-formes au cours de l’année 2023, selon les chiffres de l’Observatoire national des transports publics particuliers de personnes.
Des frais monstrueux
« En moyenne, je fais 4 800 € par mois. Et là-dessus, je dois payer
- 1 100 € d’Urssaf,
- 800 € d’assurance voiture,
- 600 € d’essence, 80 € pour laver le véhicule 2 fois par semaine,
- 150 € de côté pour les révisions.
Donc au final, en travaillant six jours sur sept, de 6 heures à 20 heures ou de 16 heures jusqu’à 6 heures selon les jours, il me reste 1 500 € », résume Ahmed.
Prisonniers des algorithmes
Une réalité qui contraint les chauffeurs à rouler davantage. Comme lors de l’épisode neigeux du début janvier, quand Mamadou Samba, 58 ans, est mort noyé au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) lors d’une course pour Heetch. Ayant perdu le contrôle de son véhicule en raison des conditions climatiques, celuici a percuté un trottoir avant de terminer sa course dans la rivière. « Qu’est-ce qu’un chauffeur à rouler alors que toutes les rues sont enneigées et que les autorités ont appelé à limiter les déplacements ?
C’est parce qu’il n’a pas le choix pour gagner sa vie et payer ses charges », déplore Fabian Tosolini, délégué national des livreurs/VTC du syndicat Union-Indépendants. Les plates-formes n’auraient-elles pas pu envoyer des consignes, le fameux soir où il a neigé en région parisienne, pour inciter les chauffeurs à ne pas sortir ?
Le dernier rapport de l’Autorité des relations sociales des plates-formes d’emploi (Arpe), couvrant l’année 2023-2024, est sans appel. « Cette période est marquée par une tendance générale à la baissedu revenu horaire brut ajusté, observable notamment chez
- Heetch (- 18,6 %),
- Bolt (- 10,1 %)
- Uber (-5,3 %).
Note : Les pourcentages indiquent la baisse du revenu horaire brut ajusté pour chaque plateforme, selon les données de l’Arpe.
UNE ONDE de choc. En l’espace de quelques jours, début janvier, deux VTC ont été impliqués dans des accidents mortels en Île-de-France. L’illustration, selon les professionnels, de la dégradation de leurs conditions de travail, faites d’une tension permanente. Aux côtés de Paul, il ne faut pas longtemps pour le comprendre.
En l’espace de dix minutes, le flash de son téléphone portable clignote une quinzaine de fois. « Ce sont les demandes de courses qui arrivent sur mes messageries », s’excuse l’homme de 41 ans.
À la gare du Nord, ce matin-là, les commandes de clients sont légion. Les plates-formes VTC ne cessent d’envoyer des propositions de courses à leurs chauffeurs. « En trois jours, si je ne fais pas », répète-t-il comme pour se convaincre lui-même. Paul ne jette même pas un œil à l’écran de son portable qui crépite sans arrêt. Ce vendredi-là, il sait que sa journée va commencer calmement.
Une course à Orly, où il ira chercher un client à l’aéroport, qu’il attendra au débarquement avec une pancarte à son nom.
Costard-cravate, Mercedes berline rutilante, Paul fait le choix de la « grande remise ». Comprendre chauffeur pour une clientèle huppée.
Le prix de la course n’est pas le même. Le standing non plus. «
C’est mieux rémunéré et la clientèle est plus sélectionnée », résume Ahmed. Un vrai confort pour les chauffeurs.
Et une sécurité. « La nuit, à force de réduire le prix des courses, vous tombez sur des personnes avinées, qui parlent mal, vous insultent. Ça va même jusqu’à l’agression parfois ! Et on ne peut pas répliquer, sinon on se prend une mauvaise note et nos stats baissent », constate Paul.
Ce climat tendu, ces deux chauffeurs indépendants continuent parfois d’y être confrontés. Car s’ils ont fait le choix des courses de luxe pour être mieux payés, en fin de journée, le compte n’y est pas toujours.
Dans ce cas-là, les deux hommes basculent sur les apps connues de tous : Uber, Bolt, Heetch… 76 % des chauffeurs VTC ont travaillé sur plusieurs plates-formes au cours de l’année 2023, selon les chiffres de l’Observatoire national des transports publics particuliers de personnes.
Des frais monstrueux
« En moyenne, je fais 4 800 € par mois. Et là-dessus, je dois payer
- 1 100 € d’Urssaf,
- 800 € d’assurance voiture,
- 600 € d’essence, 80 € pour laver le véhicule 2 fois par semaine,
- 150 € de côté pour les révisions.
Donc au final, en travaillant six jours sur sept, de 6 heures à 20 heures ou de 16 heures jusqu’à 6 heures selon les jours, il me reste 1 500 € », résume Ahmed.
Prisonniers des algorithmes
Une réalité qui contraint les chauffeurs à rouler davantage. Comme lors de l’épisode neigeux du début janvier, quand Mamadou Samba, 58 ans, est mort noyé au Perreux-sur-Marne (Val-de-Marne) lors d’une course pour Heetch. Ayant perdu le contrôle de son véhicule en raison des conditions climatiques, celuici a percuté un trottoir avant de terminer sa course dans la rivière. « Qu’est-ce qu’un chauffeur à rouler alors que toutes les rues sont enneigées et que les autorités ont appelé à limiter les déplacements ?
C’est parce qu’il n’a pas le choix pour gagner sa vie et payer ses charges », déplore Fabian Tosolini, délégué national des livreurs/VTC du syndicat Union-Indépendants. Les plates-formes n’auraient-elles pas pu envoyer des consignes, le fameux soir où il a neigé en région parisienne, pour inciter les chauffeurs à ne pas sortir ?
Le dernier rapport de l’Autorité des relations sociales des plates-formes d’emploi (Arpe), couvrant l’année 2023-2024, est sans appel. « Cette période est marquée par une tendance générale à la baissedu revenu horaire brut ajusté, observable notamment chez
- Heetch (- 18,6 %),
- Bolt (- 10,1 %)
- Uber (-5,3 %).
Note : Les pourcentages indiquent la baisse du revenu horaire brut ajusté pour chaque plateforme, selon les données de l’Arpe.









